Quitte à choquer, j’affirme que N. Sarkozy n’a pas de projet pour la France. En disant cela, je n’oublie pas que d’autres que lui, dont il est proche ou dont il
s’inspire, ont, eux, une vision globale de la France qu’ils appellent de leurs vœux.
En réalité, depuis son élection, le Président de la République ne fait que proposer –et, plus souvent, imposer- secteur par secteur, les projets de ses soutiens : un jour ceux la droite la plus conservatrice, un autre jour ceux du patronat, un autre jour encore ceux de l’église catholique… Il y rajoute quelques ingrédients issus de ses choix personnels liés à son tempérament, son histoire, ses rêves, ses pulsions.
Cela finit par dessiner les contours d’une France inquiétante où le lien social est mis à mal, où les inégalités s’accentuent, où la laïcité est contestée, où l’individualisme est exacerbé.
Pendant ce temps là, le pouvoir applique la fameuse recette des empereurs romains, qui considéraient que, pour calmer le peuple, il fallait lui donner du pain et des jeux (« panem et circenses »). En satisfaisant ainsi des besoins censés représenter ses aspirations, les empereurs pensaient détourner son attention de la façon dont ils géraient les affaires publiques.
De la même façon, mais avec des moyens de communication autrement plus développés, on propose aujourd’hui au peuple les amusements du feuilleton de la vie publique et privée du Président (les jeux) et on lui promet de gagner plus en travaillant plus (le pain). Il n’est pas sûr à cet égard que les mesures sur le pouvoir d’achat, les retraites et le temps de travail emporteront sa conviction, mais pour l’instant, la recette est appliquée avec un systématisme qui ne laisse rien au hasard. Les médias –qui feignent de s’étonner de la volonté d’omniprésence du Président, alors qu’ils ne cessent de l’organiser- rapportent jour après jour le nouvel évènement, la nouvelle aventure, la nouvelle initiative, la nouvelle « réforme »[1]. Comment oser critiquer une telle activité, une telle présence sur tous les terrains, une telle efficacité….bref une telle modernité ? Inutile de faire remarquer les contradictions entre les mots et les actes. Inutile, à moins d’être ronchon et archaïque, de suggérer que les droits de l’homme, la laïcité, le pouvoir d’achat, la séparation entre vie publique et vie privée ne trouvent pas leur compte dans cet étalage médiatique et dans cette fébrilité. Ce qui compte, c’est l’image, qui doit primer, qui doit s’imposer et faire oublier le reste.
Mais il n’y a pas que ces opérations médiatiques dans la stratégie de N. Sarkozy. Il y a le discours, , qui vise, à l’aide de citations émouvantes et de références historiques bien préparées par les « penseurs » Guaino et Gallo, à troubler les gens de gauche. Certains trouvent d’ailleurs là une bonne excuse pour franchir le pas vers le pouvoir en toute bonne conscience…..puisqu’on leur a expliqué que désormais, la frontière entre droite et gauche n’existe plus. On sait bien pourtant –et j’y reviendrai- qu’il n’en est rien !
La France de Monsieur Sarkozy présente un autre risque : celui de voir cette primauté envahissante du Président de la République traduite dans nos institutions. Un texte réformant les institutions va en effet être proposé dans quelques jours au vote du Parlement. Si l’on veut bien ne pas se laisser anesthésier par le discours officiel et le « politiquement correct », on va s’apercevoir que, sous prétexte de modernisation, il s’agit bien de fournir une justification institutionnelle à la pratique personnelle du pouvoir dans laquelle s’est engagé N. Sarkozy depuis son élection.
Toutes ces dérives sont dangereuses. Elles annoncent une « France d’après » dont nous ne voulons pas. Il devient urgent de le dire, de combattre cette politique et de tracer les contours de la France de demain, un France qui respecte les valeurs de la République (définie par notre Constitution comme « indivisible, laïque, démocratique et sociale ») et dont s’éloigne de plus en plus celle de Monsieur Sarkozy.