(la Dépêche du Midi du 21 octobre 2007)
Interview de Paul Quilès, ancien ministre de la
Défense, responsable national du PS chargé des questions stratégiques et de défense.
La DEPECHE du MIDI: Depuis la suppression du service national, le lien armée- nation vous semble-t-il maintenu?
Paul QUILES: La situation n’est assurément plus la même par rapport à une période où 200 000 jeunes étaient sous les drapeaux et pouvaient témoigner de notre défense.
Mais l’armée n’est pas coupée de la nation: elle recrute 27 000 jeunes chaque année et elle est impliquée dans des actions de sécurité intérieure,
de lutte contre le terrorisme. Sollicitées à la limite de leurs possibilités depuis 15 ans, les troupes font un travail formidable.
DDM: Une « Commission du Livre blanc » sur la politique de défense est
constituée. Comment la jugez- vous?
Paul QUILES : Assez incompréhensible. Dans d’autres pays, le Livre blanc est un document
officiel qui définit une politique. Or je me demande quelle sera l’indépendance de la commission, alors que, depuis le début, Nicolas Sarkozy
définit les lignes de conduite, à propos du montant de l’effort de défense, de la dissuasion, du retour dans l’OTAN, du 2ème
porte-avions…
DDM: Il est prévu de supprimer 6000 postes en 2008? On taille dans la
défense?
Paul QUILES: Mais qu’en est-il en réalité de ces 6000 postes, sachant par exemple qu’il y a 8000 postes ouverts et non pourvus? L’armée doit
être modernisée, en prenant en compte aussi les effectifs, mais pas uniquement à des fins comptables.
DDM: Un souvenir de votre service national?
Paul QUILES: Sortant de Polytechnique, j’étais sous-lieutenant et
affecté au Centre Opérationnel des Armées, au ministère de la Défense. Cela m’a valu d’avoir le général de Gaulle au téléphone ! C’était lors
de la première expérience « à blanc » de la transmission de l’ordre d’engagement de la force nucléaire…
Recueilli par P.M.